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Environnement: Incinération, Recyclage et Compostage de déchets (I)
Posté le 20 novembre 2009 à 01:57:52 EST par editor1 |
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LETTRE OUVERTE AUX MAURICIENS paru dans la Mauricien
Incinération, Recyclage et Compostage de déchets (I)
Depuis quelque temps déjà, le gouvernement a approuvé un projet d'incinération de déchets à Maurice. Ceci est une première pour le pays et la région. Nous avons pris position contre ce projet.Le but de cet article est d'expliquer aux lecteurs notre position. Libre ensuite à chacun de faire son choix en toute conscience. Nous avons catégorisé nos arguments en fonction de considérations économiques, environnementales, énergétiques, sanitaires et philosophiques.Commençons par les considérations économiques.
Ce projet comporte trois aspects économiques auxquels il faut s'arrêter :
a) un tipping fee d'US $ 39 par tonne de déchets incinérés ;
b) un prix extrêmement favorable de Rs 5,71 par Kwh d'électricité produite et
c) des pénalités au cas où moins de 300 000 tonnes de déchets sont envoyées à l'incinérateur.En premier lieu, nous notons que le tipping fee est exprimé en dollars US. Pourquoi les autorités ont-elles accepté un tel arrangement qui risque de nous coûter plus cher à chaque dépréciation de la roupie ? Quel avantage le pays peut-il tirer d'un tel arrangement ? Aucune réponse à ces questions élémentaires de la part des autorités ou bien des promoteurs. Ceci n'est pas acceptable. Notons que le tipping fee nous coûtera Rs 386 millions chaque année pour 300 000 tonnes de déchets.Aucune réponse non plus au fait que le pays sera dans l'obligation d'acheter chaque Kwh provenant de l'incinérateur plus cher qu'ailleurs.
Pourquoi ?
À l'heure actuelle où il faut renégocier les contrats avec les IPP (Independent Power Producers) de l'industrie sucrière car ces contrats sont trop généreux avec un prix moyen de Rs 3,50 le Kwh, comment peut-on accepter de payer Rs 5,71 le Kwh à un nouvel opérateur non sucre ?
Comment est-on arrivé à ce chiffre Rs 5,71 le Kwh ? Pire encore, comment peut-on faire venir un consultant américain pour revoir les contrats des IPP et en même temps accepter de payer bien plus cher le KWh d'un opérateur non sucre ? Il y a une contradiction flagrante qui demeure inexpliquée.Un milliard par anNotons que les 20 MW d'électricité produite nous coûteront Rs 1 milliard par an.
Pourquoi l'Etat a-t-il signé un contrat garantissant 300 000 tonnes de déchets par an sous peine de pénalités ? Après tout, l'Etat n'est pas demandeur d'incinérateur ; si un opérateur privé veut se lancer dans un projet d'incinération, c'est à lui d'en assumer les risques et ce n'est pas à l'État de lui garantir suffisamment de déchets contre pénalités payées par le contribuable.
D'ailleurs, un tel contrat condamne le pays à produire autant de déchets que possible pour éviter les pénalités quand nous devrions, au contraire réduire notre volume de déchets pour réduire nos divers impacts environnementaux. Comment peut-on d'un côté prendre un engagement sur 20 ans pour 300 000 tonnes de déchets annuels et d'un autre promouvoir le concept de Maurice Île Durable (MID) ?
Cette contradiction va affaiblir le louable projet MID dont le fonds sera d'ailleurs pillé pour subventionner année après année l'électricité chère provenant de l'incinérateur. Ce pillage du fonds sera le coup de grâce au projet MID. Le gouvernement devra choisir : soit c'est l'incinérateur, soit c'est le MID, mais pas les deux, l'incompatibilité est trop flagrante. Notons que le tipping fee et la production d'énergie nous coûteront Rs 1,386 milliard par an.
En l'occurrence, chaque habitant de Maurice paiera indirectement aux promoteurs Rs 1 000 par année pendant 20 ans au minimum.Environnement et incinérationÀ l'heure actuelle, la plupart de nos déchets sont dirigés vers Mare-Chicose pour y être enfouis. Le résultat n'est pas très réjouissant car le village avoisinant doit être évacué pour cause de pollution. Mais un incinérateur est-il une meilleure option ? On peut en douter car en brûlant les déchets, on ne fait que les transformer en gaz toxiques. Près de 2 000 différents composants chimiques dont la toxicité est souvent inconnue sont relâchés dans l'atmosphère durant l'incinération transformant notre atmosphère en décharge publique. Notons que la dioxine et les furannes ne sont que quelques-uns de ces composants chimiques relâchés dans l'atmosphère, donc il ne faut pas que dioxines et furannes deviennent l'arbre qui cache la forêt de polluants chimiques qui vont plomber notre atmosphère.
Et ce n'est pas tout car en incinérant 300 000 tonnes de déchets on produit entre 60 000 et 90 000 tonnes de cendres et de résidus qui sont des concentrés de substances toxiques (mercure, plomb, dioxines et furannes) qui doivent absolument être stockés ou enfouis quelque part de manière indéfinie, donc un centre d'enfouissement est absolument nécessaire au projet incinérateur. Il est capital de comprendre que l'incinération ne va pas rendre inutile les centres d'enfouissement de déchets, les fameux landfills, au contraire il en a besoin. Chose rarement évoquée.L'incinérateur est censé fonctionner pendant 20 ans. Donc après 20 ans de bons et loyaux services, il aura généré entre 1,2 millions et 1, 8 millions de tonnes de cendres toxiques à gérer pendant l'éternité car ces déchets ne peuvent être ni recyclés ni réutilisés de par leur toxicité. Bel héritage toxique que nous léguera donc ce projet. Du fait de leur toxicité, ces cendres doivent être stockées dans des décharges rigoureusement contrôlées pendant très, très longtemps.
Le ministère de l'Environnement a-t-il les moyens et les compétences requises pour contrôler que ces centaines de milliers de tonnes de cendres hautement toxiques restent bien à l'abri pendant les décennies à venir ? À vous, chers compatriotes, d'en juger.Énergie et IncinérationL'incinération est souvent présentée comme une source d'énergie renouvelable. Au prime abord cela paraît sensé ; par définition les déchets sont indésirables et si on peut en extraire de l'énergie en les brûlant, pourquoi pas ?
Mais après réflexion les choses ne sont plus aussi simples. Prenons le cas du papier, matière calorifique par excellence. Il est clair qu'en brûlant une tonne de papier nous allons récupérer de l'énergie. Mais cette tonne de papier brûlé ne sera pas recyclée, donc elle devra être remplacée par une autre tonne de papier vierge. La fabrication d'une tonne de papier vierge nécessite plus d'énergie qu'on peut en obtenir en brûlant une tonne de papier. En règle générale, il faut beaucoup plus d'énergie pour fabriquer une tonne de papier, de carton, de plastique ou de métal qu'on peut en obtenir en brûlant cette même tonne.
Ainsi, pour la société dans son ensemble, l'incinération de déchets nous forcera à consommer encore plus d'énergie pour remplacer ce qui a été incinéré.
Au lieu d'être un projet de Waste to Energy comme vanté c'est plutôt un projet de Energy to Waste mais bien sûr les profits, eux, ne seront pas gaspillés pour tout le monde.
Karim JaufeerallyInstitute for Environmental and Legal Studieshttp://iels.intnet.mu(à suivre)
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